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16 mars 2026

Le Sénégal renforce ses efforts en faveur de la souveraineté énergétique alors que le prix du pétrole dépasse les 95 dollars

Le Sénégal renforce ses efforts en faveur de la souveraineté énergétique alors que le prix du pétrole dépasse les 95 dollars

Le Sénégal accélère ses efforts pour renforcer sa sécurité énergétique, alors que les prix mondiaux du pétrole ont dépassé les 95 dollars le baril le 11 mars 2026, dans un contexte de nouvelles tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Cette flambée des prix a suscité l'inquiétude des décideurs politiques et des investisseurs, incitant le Premier ministre Ousmane Sonko à convoquer une réunion spéciale de sécurité le 3 mars afin de préserver l'approvisionnement du pays en hydrocarbures et de limiter son exposition à la volatilité des marchés internationaux. Les autorités se sont engagées à agir rapidement pour garantir un accès continu aux combustibles essentiels, un enjeu crucial compte tenu des capacités de stockage et de raffinage historiquement limitées du Sénégal. 

L'augmentation de la production issue des principaux gisements offshore du Sénégal, notamment celui de Sangomar, contribue à transformer le rôle du pays, d'importateur de carburants à acteur énergétique régional. Cette évolution pourrait générer des revenus plus stables et réduire la vulnérabilité aux fluctuations des prix. Parallèlement, la campagne d'exploration terrestre de 100 millions de dollars menée par la compagnie pétrolière nationale Petrosen vise à accroître les réserves d'hydrocarbures et à renforcer la sécurité d'approvisionnement à long terme. Ces initiatives pourraient faire du Sénégal une destination plus attractive pour les investissements énergétiques dans un marché volatil.

Sangomar alimente la volonté du Sénégal d'atteindre la souveraineté énergétique

La production d'hydrocarbures du Sénégal a connu une croissance rapide depuis la mise en production du champ de Sangomar en juin 2024, un projet phare exploité par la compagnie pétrolière internationale Woodside Energy. Les performances de production ont dépassé les prévisions initiales. Fin 2025, le Sénégal avait déjà extrait plus de 50 millions de barils de pétrole de Sangomar, soit 8 % des ressources récupérables du champ. C'est ce qu'a indiqué Clive Jones, vice-président de Woodside Energy pour le Sénégal, lors de la conférence MSGBC Oil, Gas & Power 2025 à Dakar, soulignant ainsi la forte montée en puissance opérationnelle et le rendement du gisement.

Les excellents résultats du projet Sangomar marquent un tournant : on passe d’une exécution de projets isolés à une mise à l’échelle des capacités nationales et à un lien direct entre les hydrocarbures et des objectifs de développement économique plus larges. Lors de l’événement de Dakar en 2025, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a déclaré : « L’Afrique, longtemps cantonnée au rôle de fournisseur de matières premières, refuse désormais la marginalisation. Elle affirme son droit à façonner son propre destin, en mobilisant ses ressources, ses compétences, ses talents et sa capacité à bâtir une souveraineté énergétique moderne, robuste et durable. »

Les améliorations apportées à l'aval du Sénégal peuvent-elles protéger le pays des chocs pétroliers mondiaux ?

Malgré une production croissante, le Sénégal reste confronté à une capacité de transformation limitée. En vertu d'un décret de 1998, les titulaires de licences d'importation doivent constituer des stocks de sécurité couvrant seulement 35 jours de demande, une marge réduite sur des marchés volatils.

En réponse, Dakar investit dans la modernisation de ses infrastructures de stockage et de logistique stratégiques. La construction de 321 000 m³ de réservoirs supplémentaires est en cours : 310 000 m³ au port minéralier de Sendou-Bargny et 11 000 m³ à Dakhonga-Foundiougne. Le gouvernement vise à porter les réserves stratégiques à 90 jours, renforçant ainsi la résilience face aux perturbations mondiales. Il est également prévu de transférer les opérations de stockage du port de Dakar, saturé, vers le site plus récent de Sendou-Bargny, en intégrant des normes modernes de sécurité et de distribution.

Dans le secteur du raffinage, la Société Africaine de Raffinage (SAR), entreprise publique, a augmenté sa capacité de production de 1,2 million de tonnes à 1,5 million de tonnes, couvrant ainsi 40 à 50 % de la demande nationale, le reste étant assuré par les importations. Un projet ambitieux, SAR 2.0, visant à porter la capacité à 5,5 millions de tonnes et à potentiellement satisfaire 100 % de la demande locale, est en cours d'élaboration mais n'en est qu'à ses débuts. Les investissements privés, tels que la raffinerie MAVAMAR récemment inaugurée et la zone industrielle de Bargny-Sendou, témoignent également d'une diversification croissante des activités en aval.

En vue du MSGBC 2026, qui se tiendra à Dakar en décembre prochain, les acteurs concernés devraient renforcer leur collaboration en matière de sécurité d'approvisionnement et de plateformes de stockage partagées, en s'appuyant sur la dynamique induite par la production de Sangomar. Si le Sénégal parvient à accroître ses capacités de raffinage et de stockage, le pays pourrait atténuer sensiblement les fluctuations des prix mondiaux et influencer la dynamique énergétique en Afrique de l'Ouest.

 

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